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JULES VALLES ❘ LE REFRACTAIRE

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C’est une banalité de le dire mais l’enfance y est pour beaucoup dans le regard que les hommes portent sur le monde. Pour Jules Vallès, le réfractaire, elle a pesé d’un si grand poids que la révolte du militant, de l’écrivain, coïncide presque simultanément avec la naissance de celui-ci, le 11 juin 1832 au Puy-en-Velay. Venu dans un monde de paysannerie qui s’échine à survivre, Jules Vallès connaît depuis très tôt l’effort dépensé à l’excès sans juste rétribution et qui modèle l’esprit des êtres au point de les rendre âpres et violents. Il voit la peine de son père qui cherche à s’extraire de sa condition, à accéder à la culture, à gagner une respectabilité. Il sait, pour avoir eu trente martinets usés sur lui, ce que c’est que grandir parmi les pauvres, parmi ceux que la vie fait associer tendresse avec dureté. Comme le signale Max Gallo, dans sa biographie, Jules Vallès a « la lucidité généreuse ». Battu chaque jour de son enfance, il devine que les coups qu’il reçoit ont une autre origine.  C’est la machine sociale qui en tordant les êtres force la cruauté.
Contre l’exemple de son père qui, venant du bas, parvient, en suivant la filière tortueuse, à devenir professeur, Jules Vallès refuse de fuir le camp des humbles, il veut être ouvrier. Cette décision, on s’en doute, sera perçue par ses parents comme un affront. Le fils incarne, selon Max Gallo, la négation d’une vie d’effort « pour s’élever, pour franchir les barrières sociales ». Aussi, après qu’il se sera rendu à Paris pour passer sans succès son baccalauréat et parce qu’il a le goût des luttes plus que le goût de l’étude, le père fera admettre Jules dans un asile où on le déclarera « affecté d’aliénation mentale caractérisée par une faiblesse d’intelligence ». Mais, encore une fois, le réfractaire sait reconnaître le véritable ennemi. Au sortir de l’asile, il trouve le courage du pardon. Et il dira plus tard : « Il me semblait que c’était moi le père et que je conduisais deux grands enfants qui m’avaient sans doute fait souffrir, mais qui m’aimaient bien tout de même. »
Une telle compréhension fait de Vallès l’homme exemplaire qui se trouve être en 1871 le seul écrivain militant du mouvement ouvrier. La trajectoire de Jules Vallès dans ce XIXe siècle où les pauvres sont les trois quarts de la France ne déviera jamais de l’insoumission où son enfance l’a placé, ayant subi la loi de l’humiliation qui est celle de la bourgeoisie. Contre cette loi, il oppose l’énergie d’un libertaire qui possède le courage physique et l’arme de la critique. Après avoir diversement gagné sa vie dans des emplois de déménageur, teneur de copie (l’activité consiste à recopier des articles d’écrivains), de rédacteur tantôt payé d’un vêtement, tantôt d’une paire de souliers lorsqu’il travaille au Journal de la cordonnerie, Jules Vallès va se spécialiser dans un journalisme d’action.
Durant trente ans, de 1857 à 1885, l’homme qui a vécu la Révolution de 1848, le Second Empire, le Siège et la Commune de Paris, la Troisième République, fait l’histoire en collaborant à la Presse ou en la créant.
Romancier issu du journalisme, comme le souligne Roger Bellet, Vallès pigera dans une multitude de journaux avant de devenir le rédacteur en chef de La Rue en 1867 et du Cri du peuple en 1871 puis en 1883. Chroniqueur, feuilletoniste, polémiste, l’auteur de la trilogie de Jacques Vingtras (L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé) et d’une pièce de théâtre sur la Commune, l’autre nom de ce qu’il appelait « la grande fédération des douleurs », doit beaucoup au journalisme qu’il pratique, un journalisme qui cède la place aux idées sociales. Et lorsqu’il aborde la méthode pour être entendu des lecteurs, il considère encore l’angle du cœur. « Soyez humains et l’humanité vous écoutera », conseille-t-il aux apprentis journalistes.
La recherche de la vérité et son expression dans le cadre de l’hebdomadaire La Rue le mènent tout droit à la prison Sainte-Pélagie où il est enfermé en compagnie du peintre Courbet. C’est là que se précise sa pensée politique. Il se sent socialiste mais avec ceux qui crient « Vive la Sociale ! », contre les réformistes, contre Jules Simon, le renard, Gambetta, le capon, qui sera surnommé plus tard « le dictateur ». Il est du côté de Blanqui, de Delescluze, avec ceux qui défendent « la liberté sans rivages » et veulent en finir avec la faim. Pendant ce temps, les écrivains à la mode se réunissent boulevard Saint-Michel, au café Vachette. Les Goncourt, Théophile Gautier, Renan allant même jusqu’à rendre hommage au tenancier pour ne s’être jamais aperçus « qu’ils dînaient dans une ville de deux millions d’âmes assiégées. »
Celui qu’Eugène Pottier appelle « le candidat de la misère, le député des fusillés » figure aux élections de février 1871 sur la liste des Candidats socialistes révolutionnaires. Militant de la révolution, Vallès prend part à la Commune avec la fougue d’un homme résolu à vaincre selon une morale fraternelle. Au terme de la Semaine sanglante, il doit fuir vers la Belgique où il séjourne chez Victor Hugo. Puis c’est l’exil à Londres, la misère de nouveau et le projet d’une nouvelle « Comédie humaine », la trilogie de Jacques Vingtras. À Paris, les Communeux sont condamnés par une Presse qui du Gaulois au Figaro invite les honnêtes gens à « donner un coup de main pour en finir avec la vermine démocratique et sociale. » Les journaux annoncent à plusieurs reprises le décès de Jules Vallès. Exceptionnels sont ceux qui, parmi les écrivains, ne terniront pas la Commune. Quelques-uns la soutiennent : Rimbaud, Hugo, Verlaine, Villiers de L’Isle-Adam. Pour Alexandre Dumas, les « femelles » des Communeux ne ressemblent aux femmes que lorsqu’elles sont mortes. Avec l’appui de Zola, d’Aurélien Scholl et surtout d’Hector Malot qui deviendra son exécuteur testamentaire, Vallès parvient à tenir une existence difficile où les emplois sont rares parce que les portes se ferment. Vallès est condamné à mort par contumace.
De retour à Paris, il rencontre Séverine, la « belle camarade », l’épouse du docteur Guebhard qui l’aide à la reparution du Cri du peuple.  Séverine sera son soutien jusqu’au bout d’une vie de bataille qui s’achève le 14 février 1885 dans un appartement du boulevard Saint-Michel. Guy Darol

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Jules Vallès, Journalisme et Révolution

Roger Bellet

Editions du Lérot

Tusson, 16140 Aigre

du.lerot@wanadoo.fr

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