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  • LE TREPONEME BLEU PALE

     

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    C'était au temps du Citron Hallucinogène de Bernard Blanc, de L'Ecchymose de Didier-Michel Bidard, de Sabianne de Richard Jamin, d'Oedipe, le journal sans complexe de Jean-Yves Reuzeau et Marc Torralba, du Parapluie de Henri-J. Enu, de Quetton et Star Screwer de Rocking Yaset, des Pieds Nickelés Superstars, du Clampin Libéré, de Crispur... fleurons de la presse underground qui sabayonnait actionnisme visuel et agitation poétique. Actuel résidait 2, impasse Lebouis dans le 14ème arrondissement d'avant le jeu des boules de fonte.

    En ces temps transgressifs et toujours remuants Tréponème Bleu Pâle de Léon Cobra était un organe à suivre. Not dead, l'organe vit encore mais dans l'espace virtuel où tout est possible.

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  • MICHEL-FARDOULIS LAGRANGE ❘ BIBLIOGRAPHIE

    DE MICHEL FARDOULIS-LAGRANGE

    Sébastien, l'enfant et l'orange, Debresse, 1942 ; Le Castor Astral, 1986

    Volonté d'impuissance, Fontaine, 1944

    Le Grand Objet extérieur, Vrille, 1948 ; Le Castor Astral, 1988

    Goliath, L'Age d'Or, 1948

    Le Texte Inconnu, Editions de Minuit, 1948

    Les Hauts Faits, Debresse, 1956

    Au temps de Benoni, Editions du Dragon, 1958

    Les Caryatides de l'Albinos, Le Terrain Vague,1960

    Memorabilia, Belfond, 1968

    Les Voix, Edition de luxe Point Cardinal, gravures de Matta, 1969

    G. B. ou un Ami présomptueux, Le Soleil noir, 1969

    Sur Matta, Edition de luxe Belfond, 1970 ; édition ordinaire Le Point d'Etre, 1971

    Le Passeur, Atelier de l'Agneau, 1974

    L'Observance du Même, Puyraimond, 1978

    Théodicée, Calligrammes, 1984

    Elvire, figure romantique, Hôtel Continental, 1986

    Apologie de Médée, Calligrammes, 1989

    L'inachèvement, José Corti, 1992

    Prairial, Dumerchez, 1992

    SUR MICHEL-FARDOULIS LAGRANGE

    Michel Fardoul is-Lagrange & les évidences occultes, Hubert Haddad. Editions Puratmond, collection Présence, 1978

    Un art divin : l'oubli, Entretiens avec Eric Bourde. Calligrammes, 1988

    Autour de Michel Fardoulis-Lagrange, avec Georges Auclair, Marcel Bisiaux, Raymond Blanchaud, Eric Bourde, Elisa Breton, Jean-Claude Carrière, Christian Debout, Alain Dupire, Laure Fardoulis, Marina Galletti, Hubert Haddad, Jacques Hérold, Cosmas Koronéos, Ghérasim Luca, Manz'ie, Gisèle Prassinos, Jean Rollin, Adelma Tiphaine, Jean-Max Toubeau, Michel de Smet, Jehan Van Langhenhoven.

    Michel Fardoulis-Lagrange, avec un entretien de Hubert Haddad, des lettres de Paul Valéry et de Max Jacob, un témoignage de Robert Lebel. Fascicule publié par Le Castor Astral à l'occasion de la réédition de Sébastien, l'enfant et l'orange, 1986

    Revue Supérieur Inconnu animée par Sarane Alexandrian. Contributions de Hubert Haddad et de Jehan Van Langenhoven. N° 3, avril-juin 1996.

  • MICHEL FARDOULIS-LAGRANGE

    Indifférent à la publicité et par conséquent à son propre sort, Michel Fardoulis-Lagrange s'est toujours tenu à l'écart de la scène, loin des cliques à mirmillons où l'on n'oeuvre jamais pour l'amour de l'art mais à des avancements personnels.

    Né en 1910, il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages qui proposent le mélange du roman, de la poésie et de la philosophie. Ayant écrit un premier livre intitulé Volonté d'impuissance se référant constamment à Nietzsche, il marque son camp, celui des philosophes-artistes pour qui "connaissance est création". Car le philosophe idéal décrit par Nietzsche "connaît en inventant, invente en connaissant". Après avoir rejoint  le Parti Communiste dont il est exclu en 1936, Fardoulis-Lagrange publie Sébastien, l'enfant et l'orange ("roman-poésie" selon Michel Leiris) qui suscitera l'intérêt de Georges Bataille.

    Chez Bataille, rue de Lille, le jeune romancier assistera aux après-midi qui réunissent Raymond Queneau, Maurice Blanchot, Michel Leiris, Georges Limbour et Jean Lescure alors directeur de la revue Messages. Il découvre le surréalisme qu'il considère comme "une machine à scandales", s'en approche sans toutefois y être admis. Condamné en 1943 à une peine de prison pour présomption de propagande communiste, il est incarcéré à la Santé durant un an. Peu après, il fonde Troisième Convoi en compagnie de son ami, le professeur de philosophie Jean Maquet. Publication ouverte à la mixité des styles, elle accueillera Antonin Artaud, Georges Bataille, Marcel Lecomte, Georges Hénein.

    C'est à Vézelay, chez Georges Bataille où il s'est réfugié pour échapper à la police qu'il achève Le Grand Objet Extérieur, son troisième livre. Il semble qu'à la suite de Troisième convoi, Fardoulis-Lagrange se soit déplacé vers un espace de moindre fréquentation, plus vaste que celui des rencontres : un espace où créativité et réflexion se plaisent à communiquer. Dans cet univers oraculaire,  où la poésie prend la place de la Pythie, se sont introduits deux argonautes en quête de plus de réalité, Hubert Haddad (auteur de l'essai Michel-Fardoulis Lagrange et les évidences occultes) et Eric Bourde, ce dernier pour un dialogue au long cours qui aboutira à Un art divin, l'oubli, recueil d'entretiens.
    Dialogue au sens où, selon Fardoulis-Lagrange, "ce qui fait la vraie nature du dialogue, c'est le pouvoir de compléter ce que l'autre n'a pas dit, de pouvoir augmenter le volume de ses paroles", Un art divin, l'oubli insiste sur la nécessité de se délester du poids de la mémoire pour gagner en présence autant que sur la puissance du regard par lequel les choses sont laissées dans une distance qui inspire la neutralité.
    La poésie est ici la voie majeure. Elle veut être pratiquée comme dévoilement, ouverture sur le chaos. Point de poésie sans oubli. La poésie n'est-elle pas, ainsi que le suggère Fardoulis-Lagrange à propos de la lecture, principe de diversion, moyen de se multiplier, de se perdre et de renaître au chaos? N'est-elle pas le rêve du recommencement, de l'immortelle éternité ?
    En désignant Hölderlin, Nietzsche, Heidegger, en évoquant la valeur, l'écriture, le rire, Fardoulis-Lagrange et Eric Bourde décrivent un monde à vivre, un monde où la nuit n'est pas le négatif du jour, où le Grand Un enfin revisité devient la demeure véritable de l'être.
    Dans Le Grand Objet extérieur, une famille dont les membres paraissent appartenir à des époques qui les séparent  vit au carrefour des "réalités ignorées", aussi floues que les topographies du sommeil. L'élasticité des situations, le temps dilaté, les sautes dans la narration créent une ambiance de jamais lu. L'oubli a chassé les repères. Chaque personnage "espère glisser imperceptiblement du sommeil à l'éveil, dissiper les brumes et voir s'affirmer la longitude" pour toucher au Grand Objet extérieur dont Lautréamont disait que "pendant le jour chacun peut (lui) opposer une résistance utile."
    L'apparente opacité de l'écriture est une erreur de vue car ce qui surprend le lecteur est le vent de nouveauté. Et ce vent souffle à chaque page rendant l'avancée délicate mais découvrant aussi une route tentante, celle de la métamorphose au bout de la phrase.
    En anachorète de la pensée et de l'effort, Fardoulis-Lagrange a emprunté un "chemin oublieux" (selon le mot d'Eric Bourde).
    Lorsqu'il ne dialoguait pas avec ceux qui cherchent le bonheur dans l'esprit, il écrivait des livres pour les voyageurs qui vont sans montre ni boussole. Guy Darol
  • STANISLAS RODANSKI ❘ BIBLIOGRAPHIE

    La Victoire à l'ombre des ailes précédé de Lettre au Soleil noir, Lancelo et la chimère suivi de Le Sanglant symbole. Préface de Julien Gracq. Illustration de Jacques Monory. Le Soleil Noir, Collection de littérature et d'art dirigée par François Di Dio, novembre 1975.

    La Victoire à l'ombre des ailes suivi de Lancelo et la chimère, Lettre au Soleil noir, Le Sanglant symbole. Préface de Julien Gracq. Texte établi et annoté par François Di Dio. Illustration de couverture de Jacques Monory. Christian Bourgois éditeur, janvier 1989.

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    Des Proies aux chimères. Préface de Jean-Michel Goutier. Illustrations de Jacques Hérold. Editions Plasma, collection En Dehors, 1983.

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    Spectr'Acteur. Frontispice de Jacques Hérold. Editions Deleatur, collection Première Personne, décembre 1983.

    Dernier journal tenu par Arnold. 2 mai - 7 juin 1948. Présentation par Jacques Veuillet. Editions Deleatur, collection Première Personne, février 1986.

    Horizon Perdu, Lettres, Rêves, Poèmes & Récits. Préface de Bernard Cadoux. Editions Comp'Act, collection Morari, janvier 1987.

    Journal 1944-1948 suivi de Stan par Jacques Borgé. Présentation de Jacques-Elisée Veuillet et François-René Simon. Editions Deleatur, collection Première Personne, octobre 1991.

    La Montgolfière du Déluge. Poèmes précédés d'une Lettre à l'astrologue suivis de A cela près. Avant-Propos de Jacques-Elisée Veuillet. Editions Deleatur, collection Première Personne, décembre 1991.

    La Nostalgie sexuelle suivi de Le Chant de la nostalgie sexuelle. Frontispice de Béatrice de la Sablière. Editions L'Arachnide.

    EN REVUES :

    CEE, revue trimestrielle. N° 2/3. Dossier Stanislas Rodanski. Contributions de Alain Jouffroy, F. J. Ossang, Jean-Christophe Bailly, Luc-Olivier d'Algange, Jean-Michel Goutier, André Velter. Entretien : Jacques Hérold parle de son ami Stanislas Rodanski. Inédits : Les Prisons, Le Spectre du belvédère, Le Surêtant non être, Désir profond. La couverture et les sept dessins sont de Jacques Hérold. CEE, 54 ruePargaminières 31000 Toulouse. Directeur de la publication : Guy Layrolle. Novembre 1977.

    CONTRE TOUTE ATTENTE. N° 5/6. Dossier Stanislas Rodanski. Biographie fantôme Rodanski par Bernard Cadoux. Inédit : Les Cycles de l'Héllade. Editions F. P. LOBIES. Responsable de la rédaction : Alain Coulange. Contre toute attente, 8-10 place de la Mairie 89330 St-Julien-du-Sault. Directeur de la publication : François-Pierre Lobies. Avril 1982.

  • L'EPOPEE RODANSKI

    "Mon départ s'appelle toujours, tous les jours et tous les instants du grand jour."

    Stanislas Rodanski

    Il est une aventure qui place l'ailleurs hors de toute mappemonde. Elle se situe loin des cartes recensées et dans un temps évanescent. Ses héros sont sans courage pour le monde actuel. Personnages de passage, sans identité fixe, ils recherchent l'inconnu, la terra incognita enfouie dans leur millénaire mémoire. L'action qui les remue a le mobile des quêtes de Jason ou de Lancelot. Et pourtant, ils ne paraissent pas s'agiter. On ne les voit jamais courir. Jamais ils ne sont à l'affût d'une nef ou d'un cheval. Ils sont simplement immobiles. Les traits creusés, le cheveu en broussaille, la peau étrangement hâlée, ils ont la mine du voyageur. Leur silence est rude. Il les défend contre les curieux. Ce type d'aventurier a le regard de l'éclair. Il perce les corps et les murs.

    Stanislas Rodanski fut ce héros sans foi envers le maintenant et l'ici. Ecrivain d'une vie dépourvue d'épique, il s'inventa des rôles de Tristan, de Lancelot. Préférant la fiction au réel, il s'incarna en êtres de celluloïd pour affronter tous les dangers. A Honolulu, il est un pilote suicide chargé de livrer à un agent deux tonnes de gaz torture en boîtes de conserve. Sur un atoll, il couvre Rita Hayworth de baisers-cinéma. Il fume des cigarettes de séries B avec la moue du gigolo. Une fois sa mission achevée, il abandonne dédaigneusement son costume de mahousse. Surgissent alors de nouveaux décors, des architectures gênantes comme Shangri-là, la citadelle infinie aperçue dans un souvenir. Il croit en des images qui préexistent à l'existence. Il se rappelle avoir vécu à Shangri-là, auprès d'une éternelle jeunesse. A présent, il a le sentiment aigu, térébrant, d'être appelé vers elle, la ville disparue, la ville des horizons perdus où réside l'Hamour avec un grand H.

    Ses yeux sont comme des pistolets braqués sur l'horizon chimérique. "Y aller, pense-t-il, est une illusion." Il sait cependant qu'elle est tangiblement, tout de même que sont les fabuleuses civilisations du Timée de Platon. En une autre époque il y fut. Il s'en rappelle la rutilance.

    Loin derrière le voile, demeure l'Absolu, la Cité du Bonheur. Le temps, là-bas, est aboli. Ce qui dure est l'amour. A Shangri-là, il habite chaque geste. Stanislas Rodanski signe Lancelo. En esprit, il pénètre jusqu'aux confins de l'Autre Monde. Il a des aventures prophétiques. Dans cet univers où l'impossible peut survenir à tout moment, il a la vision de l'originaire. Il dit : "L'être a les rêves de ses origines s'il en est." Il dit : "Je vais de siècle en millénaire." Il dit que l'Inde est sa seule naissance et que c'est le pays du karma.

    Stanislas Rodanski consultait volontiers le valet de trèfle, sa carte d'avenir ; il contemplait l'horizon à la recherche du Point Secret, spectre du monde possible, celui que Théodore sondait dans la Théodicée de Leibniz. Dans cette quête errante d'un ailleurs, l'esprit de Stan a basculé. Le "romancero d'espionnage" en proie aux illusions de la Mâyâ "a cessé de jouer le rôle de sa vie". Il a tombé le cinémasque et s'est enveloppé de silence. L'épopée Rodanski se fige dans un hôpital psychiatrique.

    Né en 1927, Stanislas Glucksmann, "envoûté par l'image d'une personne existant par-delà la séparation", se fait appeler Rodanski puis Lancelo. Avec Sarane Alexandrian, Henri Heisler, Véra Hérold, Claude Tarnaud, il fonde la revue Néon (N'être rien Etre tout Ouvrir l'être Néant). Il est adoubé par André Breton puis exclu du groupe pour travail fractionnel. Il dit vouloir découvrir l'Indochine et s'engage dans l'armée. Un jour, il se présente en habit de para chez  Jacques Hérold. Devant la grimace du peintre, il jette l'uniforme à la rue. Stan envisage alors de faire le tour du monde en qualité de soutier. En 1952, dans une lettre à Claude Tarnaud, il propose de créer le club (très select) des Ratés de l'Aventure. Il écrit : "C'est beau comme une image la vie d'un desperado." En 1954, il se tait. Il entre volontairement à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Lyon, le "monde intermédiaire" qu'il ne quittera plus. Vingt-sept ans plus tard il meurt, il prend la fuite.

    L'oeuvre de Rodanski, arrachée à son indifférence, comprend peu de volumes. Passée sous un quasi-silence, elle connaît avec la publication de La Victoire à l'ombre des ailes, préfacée par Julien Gracq, un bref instant de gloire. On voudrait partager le goût de cette littérature sans majuscules qui fut une "expérience poétique" au sens où l'écriture est un brûlage et une renaissance. Comme Antonin Artaud, Stanislas Rodanski a parcouru la "géométrie sans espaces" et il est allé jusqu'au plus loin. Refusant toute limite, il a traversé les décors miragineux qui maintiennent l'homme dans sa gangue de certitudes. Ses livres sont une flèche qui mène "au creux de la mystérieuse aventure". Guy Darol

     

    in Roman, revue trimestrielle, n°22, mars 1988

     

  • STANISLAS RODANSKI ❘ L'AVENTURE INTERIEURE

    Rebelle dopé au stupéfiant pureté, Stanislas Rodanski (1927-1981) se défendait de publier. Ses productions (lettres-fleuve, nouvelles, poésies, fragments, bribes...) destinées aux amis (Alain Jouffroy, Claude Tarnaud, Julien Gracq), ont fini par sortir du petit cercle qu'elles n'auraient jamais dû quitter. Ce délit d'initiés plus ou moins pratiqué avec la complicité de l'auteur ne déchaînera pas la vindicte. La Victoire à l'ombre des ailes, livre paru aux éditions du Soleil Noir (l'enseigne de François Di Dio), connut une réédition chez Christian Bourgois en 1989. Mais un mur de silence semble s'être refermé autour de cet actionniste du rêve.

    Individu fréquentatif, selon sa propre définition, Rodanski semble d'un abord flou. Julien Gracq qui le rencontre à Montparnasse alors qu'il habite impasse de l'Enfant-Jésus évoque une distanciation atone. Il étonne autant par le vague qui est son état, où il cherche à s'atteindre.

    "Je vois mon âme en cette absence. Loin."

    Il paraît ne s'être jamais raccommodé à la réalité rugueuse suite à un film vu avec ses parents, Lost Horizon de Frank Capra. Ce film qui montre l'échouage d'un avion sur les sommets himalayens, décrit la rencontre des survivants avec Shangri-là, la ville des horizons perdus, surgie au coeur de la montagne. Effet de choc, Shangri-là revient à la mémoire de Rodanski comme "la cité sans fin" où il a vécu autrefois. Depuis cet instant, Stan, ainsi que le surnomment ses amis, a la conviction de souvenirs qui préexistent à l'existence. Il relate cette expérience de descente au fond de sa propre histoire millénaire dans un long poème justement nommé Horizon perdu.

    Il n'est pas pour Rodanski de meilleur interlocuteur que Jacques Vaché à qui il s'identifie. Même goût du jeu, de l'aventure dangereuse, de l'humour sans h qui est d'après l'auteur des Lettres de guerre, "un sens de l'inutilité théâtrale (et sans joie) de tout." Humour, pureté, révolte se comprennent par analogie. Dans la Lettre au Soleil Noir adressée à François Di Dio en réponse à une enquête sur La Révolte en question, Rodanski écrit : "Le révolté, toujours disponible pour la résolution des problèmes humains, généreux mais rigoureux, réaliste que rien de ce qui vaut ne rebute, lucide jusqu'à l'exemple, le révolté trouve dans l'humour, néanmoins, sa valeur d'élection. Comme la révolte, dont elle est le sort, dans la minorité opprimée, l'humour est le salut." Son mot d'ordre, mais plutôt de désordre, d'insurrection, est inscrit en lettres capitales dans cette épître jointe à La Victoire à l'ombre des ailes (Christian Bourgois éditeur) : "umore, précieux, ubique." L'ubiquité pour quelqu'un qui a, comme lui, accès à ses plusieurs vies antérieures prend les noms de Lancelo (orthographié sans t) et de Tristan. Rodanski est par ailleurs le pseudonyme de Glucksmann.

    L'homme qui se fait appeler Stan refuse résolument de se placer dans une trajectoire littéraire. Sa vie est d'aller vers l'action, de confronter le risque. Il envisage de faire le tour du monde en qualité de soutier sur un paquebot. Il revêt même l'habit de parachutiste. Mais l'aventurier demeure un velléitaire qui se revendique finalement du double titre de "guérillero de l'amour" et de "romancero d'espionnage". En octobre 1953, il adresse à Claude Tarnaud ces mots amers : "En effet, j'ai raté ma vie. Né pour l'action, je m'ennuie à mourir des suites de mon expérience poétique. Tout ce qui m'est arrivé de risqué, les dangers (bombardements, parachutisme) a l'irréalité du songe."

    Le songe à quoi Rodanski semble spécialement disposé prend la forme d'un récit fantasmatiquement autobiographique, La Victoire à l'ombre des ailes, loufoque histoire d'une livraison à un agent secret, sur un atoll du Pacifique, de deux tonnes de gaz torture par une escadrille de desperados. Le récit, comme un tour de voltige, pique sur un bar où se réunissent "les enfants terribles, les casse-cous, les coeurs brisés, les ratés de l'aventure, les pilotes perdus", et une petite assemblée d'éclopés. C'est dans ce caboulot d'escadrille, en pleine mer de corail, que le narrateur a la vision fatale d'une femme prénommée Rita, Hayworth devine-t-on, qui connaît la magie des baisers-cinéma et le programme des caresses d'évasion. Eclaboussée de couleurs pétard qui évoquent les peintures de Malaval, de Sam Francis, montée comme un cut-up sentimental, un roman-photo de désespoir, La Victoire à l'ombre des ailes mérite qu'on lui reconnaisse sa place, inégalable, parce qu'on ne peut lui trouver que des comparaisons extrinsèques : picturales, cinématographiques (Nicholas Ray, Joseph Lewis, Wim Wenders, Jean-Luc Godard) et musicales (Tom Waits, Albert Ayler, Captain Beefheart, Daniel Johnston).

    La trajectoire de Rodanski, ponctuée par le surréalisme dont il fut exclu en 1948 pour travail fractionnel et la création de la revue NEON (N'être rien Etre tout Ouvrir l'être Néant) qu'il fonda avec Sarane Alexandrian, Henri Heisler, Véra Hérold, Claude Tarnaud, sera une première fois stoppée par un internement volontaire à l'âge de vingt-sept ans, à la Maison de Santé Saint-Jean-de-Dieu à Lyon, avant de s'arrêter définitivement, vingt-sept ans plus tard, à cette toute fin de tout dont ne saura jamais avec Stan si elle équivaut à une fin ou à un commencement. Guy Darol

     

     

  • BENNIE WALLACE ❘ COLEMAN HAWKINS

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    Le saxophoniste ténor Benny Wallace a accompli dans les années 70 une rupture musicologique contraire à l’observance des règles. Après un parcours de chimiste sonore séduit par la fronde coltranienne, il revient aux heures classiques du jazz et se fait l’amplificateur du souffle de Don Byas, John Hodges, Ben Webster et Coleman Hawkins. Enregistré live à Berlin, le 6 novembre 2004 (un millésime qui coïncide avec le centenaire de la naissance de Hawk), Disorder At The Border est l’aboutissement d’un projet vieux de vingt ans. Époque où Benny Wallace valide sans barguigner l’idée qu’il n’y a pas dans l’histoire du jazz de figure plus considérable que celle de John Coltrane, hormis Coleman Hawkins. Lyrique en cascade, cet album fait jaillir l’esprit de The Bean à partir de six compositions. Benny Wallace reprend notamment La Rosita en se souvenant d’un concert de la fin des années 50 où le titre était  interprété par Ben Webster et Hawkins. Body And Soul renvoie à la version source datant de 1939 et Joshua Fit The Battle Of Jericho est un hymne au gospel arrangé et multiplement joué par le compagnon de route de Fletcher Henderson. Quant à Honeysuckle Road, le chef d’œuvre de Fats Waller, hommage est ici rendu à l’arrangement de Benny Carter qui fut pointé présent avec Coleman Hawkins dans les grandes mutations du jazz en mouvement. Album éblouissant par son enthousiasme et sa rigueur, Disorder At The Border est une œuvre de haute dévotion. Guy Darol


    BENNY WALLACE AND HIS ORCHESTRA

    DISORDER AT THE BORDER

    THE MUSIC OF COLEMAN HAWKINS

    ENJA RECORDS

    www.enjarecords.com

     

     

  • JEAN-PIERRE FAYE ❘ NICOLAS SARKOZY ❘ RENE VIENET

     

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    JEAN-PIERRE FAYE

    L'appropriation par Nicolas Sarkozy des figures de la grande révolte (Jean Jaurès, Victor Hugo, Emile Zola dreyfusard...) nous renseigne sur les capacités narratives du rhéteur dans l'exercice du détournement (procédé employé par Marcel Duchamp puis généralisé par René Viénet, l'un dadaïste, l'autre situationniste) et de la confusion des signes.

    Le détournement tel qu'il dérive partiellement des montages/brouillages inventés par William S. Burroughs (bien sûr Brion Gysin), notamment dans le manifesto Révolution Electronique, était, n'oublions pas, un moyen démuselant pour favoriser des actions étoupillantes. Il s'agissait d'émulsionner l'émeute.

    En détournant Jean Jaurès, Guy Môquet, Léon Blum (et non pas, comme le soulignait Michel Winock récemment, Maurice Barrès, Paul Déroulède, Charles Maurras, Albert de Mun), Nicolas Sarkozy retourne le processus de sédition. Il se place sur le terrain de l'insurrection et s'habille tout à la fois en dadaïste, situationniste, spécialiste de la tornade noire et de la pensée désobligeante.

    Nicolas Sarkozy pourrait également se dire anarchiste, s'il reprenait, par exemple, cette formule d'Elisée Reclus : "L'anarchie est la plus haute expression de l'ordre."

    Qu'il soit par ailleurs abjectionniste, abomuniste, acméiste, actionniste, agrarianiste, spartakiste, angry young men, anti-art, ariéliste, arte povera, automatiste, ballet suédois, bauhaus, bruitiste, cercle et carré, cinema novo, club d'essai, cobra, comédien-routier, concrétiste, constructiviste, cubiste, delteillien, dodécaphoniste, eat art, existentialiste, expressionniste, fauviste, nouvelle fiction, fluxus, free cinema, free jazz, rock noisy, manifeste froid, fumiste, funk, futuriste, grand jeu, groupe des six, des huit, des vingt, groupe octobre, hirsute, hydropathe, hyperréaliste, imaginiste, néo-impressionniste, neon, incohérent, instantanéiste, internationale hallucinex, jeunesses musicales de france, jung-wien, land art, lettriste, lèvres nues, lundiste et tous les autres jours, merz, minimaliste, maximaliste, minotaure, movida, muraliste, groupe de nantes, naturaliste, nouvelle vague, ob'art, objectiviste, orphiste, oulipo, oupeinpo, oumupo, oulimupeinpo, collège de pataphysique, phantomas, fantômas, pittura metafisica, polyphonix, école de pont-aven, présence panchounette, proletkult, réalisme magique, réalisme fantastique, nouveau réalisme, réalisme poétique, école du regard, club des ronchons, revue roman, rupture, rutpure, sensorialiste, shizenshugi, phrère simpliste, simultanéiste, sky art, de stilj, der sturm, surréaliste, tel quel, théophilien, tour de feu, ultraïste, unanimiste, vieux-colombier, vorticiste, zutiste, zwanzeur ne nous surprendrait pas plus.

    Mais oserait-il se réclamer de Change, autrement dit de Jean-Pierre Faye qui publia en 1972 deux ouvrages essentiels pour bien comprendre les enjeux du détournement des récits et cette culture de l'oxymore qui permet de fusionner socialisme et nationalisme sans que l'on voie venir la peste ?

    Il est donc redevenu urgent de lire

    LANGAGES TOTALITAIRES précédé de THEORIE DU RECIT

    JEAN-PIERRE FAYE

    Hermann, 771 pages

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    Car ceci rend encore plus clair la décision de Gérard Noiriel de quitter le comité d'histoire de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Comme beaucoup d'entre nous, Gérard Noiriel s'oppose à la création d'un ministère qui associe les mots immigration et identité nationale. De cette façon, il dénonce les jeux dangereux de la sémantique, le néo-langage qui consiste à marier entre eux des mots contraires. Procédé pointilleusement étudié par Jean-Pierre Faye et qu'il convient d'examiner avec la plus haute vigilance.

    www.editions-hermann.fr

     

  • E-BOOK ❘ E-INK ❘ E-PAPER

     

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    L'avènement du livre numérique, flexible et futuriblement balnéaire, suscite l'enthousiasme de Lorenzo Soccavo dans Gutemberg 2.0 (M21 Editions), ouvrage dont il est le préfacier.

    Dans son édition du samedi 28 avril, Libération publiait un entretien avec ce "prospectiviste de l'édition".

    Le propos de Lorenzo Soccavo est le suivant :

    "Il ne faut pas être fétichiste par rapport à l'objet. La vraie valeur réside dans l'intérêt du texte et la qualité de la lecture qui en est faite. Le livre n'est qu'un support de lecture. C'est la lecture qu'il faut sauvegarder. Le livre a l'opportunité de retrouver la place qui fut la sienne avant la radio, la télévision, puis le Net. Avec l'e-paper, l'écrit va accéder à une dimension réticulaire et ne plus être prisonnier de supports fermés sur eux-mêmes. Le véritable enjeu est de s'adapter aux nouvelles habitudes des lectorats de digital natives, élevés aux nouvelles technologies."

    Il serait intéressant me semble-t-il de commenter ces déclarations et notamment la phrase relative au fétichisme de l'objet.

    Merci de lâcher vos lueurs, traits, flèches, chiens, vents et contrepets.

    Tous à vos claviers !

     

  • ZAPPA AU GRAND REX

     

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    Dweezil et son équipage refait son tour du monde.

    Halte au Grand Rex, le 5 octobre 2007 à 20h.

    Avec

    Dweezil Zappa (g)

    Aaron Arntz (cla, tp)

    Scheila Gonzales (sax, fl, cla, voc)

    Pete Griffin (elb)

    Billy Hulting (perc, marimba)

    Jamie Kine (g)

    Joe Travers (dm, voc)

    Ray White (g, voc).

    GRAND REX

    1 bd Poissonnière

    75002 Paris

    RESERVATION

    www.zappaplayszappa.com

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    Dweezil Zappa & Napoleon Murphy Brock
    Dallas, Texas, 16 décembre 2006